Audrey Gers

L’ennui

Emotion ou état d’esprit? Il faut savoir apprécier l’ennui, c’est le moment approprié pour se sortir de soi et aller découvrir l’autre. Profiter de son incertitude, d’une légère confusion, ou d’une absence de goût pour rien de particulier pour prendre son temps à la béatitude, la contemplation de diverses choses et personnes alentour. Généralement, nous sommes calme et détendu, plus à même de vivre des surprises. Le jeu entre l’absence d’activité et la langueur permet de faire le lien entre l’esprit et le corps et de parvenir à une certaine unité. Dans le refus de l’ennui, ce qui est régulièrement le cas, nous nous maintenons dans une frénésie corporelle et intellectuelle qui n’est pas toujours fructueuse, surtout qui épuise les ressources de notre personne. De là, nous pourrions nous demander si le dégoût provient d’une inactivité ou d’un excès d’occupation. Si dégoût il y a, c’est qu’il n’y a pas d’appétit pour quoi que ce soit. Or quand trouver ce qui nous fait plaisir à pratiquer si ce n’est lorsque le moment est venu de s’en poser la question ? C’est-à-dire pendant que nous nous ennuyons.
🙂

 

Narcissisme

Par je ne sais quel miracle du quotidien, le rangement peut-être, je suis tombée nez à nez avec cet être mi-sérieux mi-goguenard. Étrangement, j’ai l’impression d’avoir (enfin) trouvé mon image adorée dans les objets qui m’entourent. White smile du vampire sommeillant et yeux mi-fermés noisettes derrière des lunettes dans le même ton. Et en arrière-plan une surface translucide et opaque… Toute coïncidence ou ressemblance avec une personne réelle ne peut être que fortuite… En l’occurrence, le narcissisme ne produit pas nécessairement une image parfaite de ma personne, cependant symétrique. Il crée un reflet, renvoie un écho, répond ou prend la forme d’objets usuels… Le goût ne semble pas prendre part à cette mascarade, éventuellement, le dégoût… Recherche éperdue de soi dans tout élément du monde, d’un petit monde bien personnel. L’incapacité de tendre vers l’inconnu, de redécouvrir le familier, mais seulement une obsession du même, une reproduction à l’identique d’un soi que j’ai du mal à identifier. La seule altérité acceptée est cette image miroir, cet autre qui n’a pas d’autre choix que d’être moi-même. Et qui n’a pas d’autre liberté que de disparaître dans une onde légère, dans l’achèvement de sa répétition, dans la finitude de sa réponse. Seul le goût échappe à cet enfermement. Au contraire, il ne disparaît pas, il ne se satisfait pas, au risque même d’enfler… une mise en abyme d’un fond infini… une joie provisoire, une légèreté, dans un état de suspension ou de chute au ralenti dans une intériorité aussi profonde qu’insondable, une ivresse, une lourdeur. L’œil est curieux, voire inquisiteur, aidé de verres de correction tant il scrute. La dent un peu carnassière, avant de devenir sanguinolente, pour avoir incisé – avec délicatesse et plaisir – la chair qui se donnait à elle. Eh oui… voilà bien une image fantasmée d’un être avide de sensations, d’émotions, pour s’échapper d’un ordinaire, hélas pour trop connu, le sien propre, tant admiré… rapport paradoxal du m’aime et indifférent… 


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